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Inventer un futur de fraternité

Tentons modestement de prendre de la hauteur. Le monde du XXI° siècle est le fruit d’une mutation de grande ampleur qui a débuté dans le courant du XIX° siècle. Cette mutation a engendré des adaptations successives, parfois en continue, parfois par paliers, des sociétés et des personnes. Depuis quelques décennies, dans ce que nous pouvons appeler sans conteste un « nouveau monde », des questions fondamentales sur l’humain et son existence se posent avec plus d’acuité. Celle qui semble la plus importante, voire la plus urgente à résoudre, est l’avenir de la planète, notre avenir. Depuis que l’être humain peut détruire consciemment ou inconsciemment le monde (guerre nucléaire, destruction de l’environnement à grande échelle) et transformer son essence (avec la biologie et la génétique), l’humanité n’a en effet pas pu ou voulu s’unir pour résoudre les problèmes cruciaux qui ne pourront l’être qu’avec l’aide et la participation de tous les habitants de la planète. C’est la seule porte de sortie vers le haut, c’est-à-dire pacifiquement. L’autre porte de sortie est l’éclatement d’un conflit généralisé qui « rééquilibrera » le monde comme cela s’est produit tout au long de l’histoire. Ce qui permet de dire à certains que la guerre fera toujours partie de l’environnement humain.

Cependant, nous ne devons pas être dupe, non plus, d’un discours du catastrophisme (« tout va mal ») et de la mémoire courte (« c’était mieux avant »). Le monde tel qu’il est aujourd’hui est meilleur que celui dans lequel vivaient nos ancêtres sauf peut-être pour la classe la plus favorisée et encore. Tout simplement parce que six milliards de personnes n’auraient jamais pu vivre ensemble il y a même cinquante ou soixante ans. L’espérance de vie ayant déjà explosée à l’époque, gageons qu’une grande partie serait morte de maladies, de faim, de manque d’hygiène, etc. Donc, une partie des gens qui vivent aujourd’hui et se plaignent de leur sort ne serait même plus en vie, pire, n’aurait jamais existé pour se plaindre ! Sans doute, certains penseront que cela aurait été mieux sauf, sans doute, s’ils avaient été les sacrifiés... Désormais, selon les experts, l’âge auquel on devient « vieux » est de soixante-quinze ans et il devrait continuer à croître. Ce qui, par ailleurs, pose avec force l’organisation de la vie, notamment celle du travail.

Le produit du « progrès » est la société d’aujourd’hui. Maîtriser cette dernière est effectivement important mais pourquoi faire ? Revenir en arrière ? Continuer à aller de l’avant ? Mais quel arrière ? Quel avant ? Les sciences, la technologie, la biologie ont changé notre rapport à l’environnement et à la vie engendrant des espoirs mais aussi des peurs. Des avancées ont eu lieu mais sont apparues de nouvelles problématiques. L’électricité, le téléphone, l’électronique, l’ordinateur, la télévision, la voiture, l’avion, les antibiotiques, l’hygiène, parmi tant d’autres, ont bouleversé positivement notre vie. Tout comme l’installation du chauffage, de l’eau courante ou de salle de bains dans les logements et la présence du réfrigérateur congélateur dans la cuisine. Qui peut réellement prétendre en toute connaissance de cause et sans catastrophisme démagogique que nous serions plus malheureux ?

Reste que beaucoup de problèmes d’aujourd’hui proviennent de l’évolution de nos sociétés et du progrès économique, social, technique et scientifique qui ont permis l’émergence de sociétés plus riches et de formidables avancées, des avancées spectaculaires dans l’allongement de la durée de vie et dans la santé des humains avec leur nombre de plus en plus grand. Toute réflexion sur les problèmes d’aujourd’hui comme les problèmes environnementaux, les problèmes de richesse, etc. doit se demander où nous en serions sans les évolutions du XIX° et du XX° siècles. Le risque inhérent à notre présence sur terre fait que nous sommes mortels et que nous créons depuis toujours des conditions à notre disparition (avec une bonne hygiène, la peste de 1346 n’aurait pas eu de telles répercussions). Mais comment juger et faire des choses quand notre espérance de vie est passée de trente à quatre-vingt-dix ans ce qui a généré de nouveaux défis.

D’autant que nous sommes également, nous les Français mais aussi nous les Européens et nous les Occidentaux, responsables de ce qui nous arrive (baisse démographique, baisse du travail etc.). C’est nous, par exemple, qui avons voulu la mondialisation, d’abord pour inonder la planète de nos produits à la fin du XIX° siècle puis pour les fabriquer moins cher à l’étranger dès le milieu du XX° siècle et faire encore plus de profit, pour acheter moins cher et vivre dans un confort encore plus grand. Et d’ailleurs, cette mondialisation a eu des effets largement positifs sur le long terme.

Reste que la mondialisation est en train de produire son contraire, le nationalisme économique. Que ce soit en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine (les récents déboires du TGV et les problèmes de SEB voulant racheter une usine chinoise le démontrent) et en Inde (où Coca Cola et Pepsi sont victimes d’une campagne de dénigrement orchestrée par les partis ultra-nationalistes), on parle de préférence nationale, d’invasion étrangère et autres expressions qui nous renvoient à quelques années en arrière, au début du XX° siècle… Tout ça n’est guère réjouissant.

Mais la mondialisation ne pourra vraiment réussir si elle n’a pas une dimension humaine. Celle-ci manque est c’est elle qui rend craintifs les peuples. Mais le nationalisme (qui n’a rien à voir avec la fierté d’appartenir à une communauté nationale) recèle tellement de dangers qu’il nous faut préférer la mondialisation quoiqu’il advienne. L’échange entre les peuples est toujours une ouverture vers l’autre. Le protectionnisme est la fermeture à l’autre, la méfiance de l’autre et le rejet de l’autre. Des éléments qui sont parmi les causes principales des guerres…

De même pour la pollution et l’utilisation des ressources naturelles. Même si il est impossible de dire quel est le « meilleur » climat pour la Terre et que nous savons maintenant que des villes comme Paris étaient largement plus polluées au début du XX° siècle qu’elles le sont en ce début de troisième millénaire.

Ce ne sont pas les autres pays qui sont responsables de nos problèmes, c’est nous.

Notre angoisse pourtant est là. Il faut dire que le monde change, souvent à la vitesse grand V et les personnes, partout dans le monde, sont désorientées. Il n’y a pas qu’en France ou en Europe que les résistances sont importantes. Mais, en Europe, ancien continent dominant la planète au siècle précédent, le niveau de vie et les protections sociales ont créé une sorte de bulle de protection - arrachée souvent de haute lutte - à laquelle les peuples sont viscéralement attachés pour des raisons fort compréhensibles. Rappelons que les enquêtes d’opinion montrent que les Européens sont prêts à gagner moins pour plus de protection et de loisirs que les Américains.

Les citoyens français sont aujourd’hui attachés à un confort et les clivages droite-gauche ne jouent plus pour les séparer sur ce terrain. Peu de gens veulent en effet moins de protection sociale, moins de sécurité, moins de guichets à la poste, etc. Nous sommes dans une société où la demande de sécurité et d’assistanat est d’autant plus importante que l’offre est plus importante qu’auparavant grâce au formidable enrichissement de nos sociétés. Revenir en arrière ou tout simplement figer les choses semblent impossible. D’autant que les gens n’ont plus confiance en l’avenir. Si demain n’est pas meilleur qu’aujourd’hui, pourquoi prendre des risques ? Il s’agit donc, pour réformer, de proposer une alternative et une vraie espérance. Mais, devant tant d’espoirs déçus, il est sûr que les citoyens ne sont pas prêts à se lancer dans le vide sans que les résultats précèdent leur changement de vision et de position. C’est donc à une certaine quadrature du cercle que nous sommes confrontés…

Tout aussi inquiétant, les Français sont ceux qui acceptent le moins les règles du marché, qui sont les plus pessimistes sur leurs valeurs quant à les sauvegarder et dans ce quelles peuvent les sortir de la crise. Plus inquiétant car, outre le fait que l’on ne sait pas très bien par quoi on pourrait remplacer le marché, l’adaptation au monde est une nécessité lorsqu’on ne peut pas ou plus le contrôler.

Dès lors, il faut proposer un « Contrat pour la France » et une relance de l’Europe. Et ce contrat, cette relance, pour s’attaquer aux problèmes intérieurs de la France comme aux problèmes du monde, doivent mettre en avant la notion de… fraternité ! Nous avons absolument besoin de fraternité ! Lien social dans le pays (si trop de liberté tue l’égalité et si trop d’égalité tue la liberté, c’est bien de fraternité, de lien social dont nous avons besoin), lien humain dans le monde (le devenir de nos civilisations en dépend et à terme le devenir de l’espèce), ces liens non seulement nous sauveront mais nous permettront de continuer à aller de l’avant, non pas parce que c’est mieux ou par une dévotion au dieu progrès mais parce que c’est la condition de la vie qui est un combat qui recommence tous les matins quand nous nous levons.

Alexandre Vatimbella

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