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L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le nombrilisme, voilà l’ennemi

Il ne faut pas confondre individualisme et nombrilisme.

Le premier est une pensée de l’émancipation de l’individu, le deuxième est un comportement destructeur de la démocratie républicaine.

La démocratie moderne ainsi que le progrès économique, social et sociétal depuis le début du XIX° siècle et après l’indépendance des Etats-Unis qui voit la création de la première – et imparfaite – démocratie moderne puis de la révolution française qui met à l’honneur la devise indépassable de la démocratie, «liberté, égalité, fraternité», et qui devient un phare pour tous les démocrates de la planète, a permis une montée de l’autonomie de l’humain qui est en soi une avancée majeure de la condition humaine.

Mais cette autonomisation qui est portée par l’individualisme, une philosophie de la vie qui veut promouvoir et protéger les droits imprescriptibles de chacun, peut être la meilleure comme la pire des choses.

Si cette autonomisation est une réelle émancipation, qu’elle ressort d’un comportement individualiste c'est-à-dire d’un comportement responsable de l’individu vis-à-vis de sa liberté et de ses choix, alors on peut construire une vraie démocratie républicaine dessus à la fois respectueuse, équilibrée et solide qui s’inscrit dans un lien social fort de personnes égales entre elles, dotées de droits et de devoirs.

Si cette autonomisation ne se transforme qu’en atomisation, c'est-à-dire d’humains qui ne veulent plus partager un destin commun (local, national ou mondial) les uns avec les autres, elle devient un outil du nombrilisme, qui est en train de gangréner les démocraties jusque dans un populisme revigoré mais qui se produit aussi dans tous les pays du monde et pas seulement les démocraties, alors la menace est réelle d’une société violente, irrespectueuse, égoïste.

D’autant que ce nombrilisme, tout en se parant d’une révolte d’apparat cache en réalité une demande extravagante et impudique d’assistanat.

Qu’est ce qu’un comportement nombriliste?

C’est, dans une formule, l’individualisme sans la responsabilité et le respect.

Le nombrilisme, c’est, comme je l’ai écrit dans «L’individu du XXI° siècle, le grand prédateur de la démocratie» (1), «une attitude narcissique et égocentrique qui consiste à n’attacher d’importance qu’à sa personne, qu’à poursuivre ses intérêts sans s’intéresser à l’autre et à la communauté, sans ressentir aucune obligation morale ou sociale vis-à-vis d’eux».

Bien entendu les comportements égoïstes, égocentriques, égotistes, d’assistés, d’irresponsabilité, d’irrespect ne datent pas de la montée de la démocratie et de l’autonomie de chacun.

Néanmoins, ils y trouvent un terreau particulièrement fertile en transformant la devise «liberté, égalité, fraternité» en l’impudique trivialité «licence, égalitarisme, égotisme» dans une sorte d’autolâtrie individuelle parce que la démocratie républicaine offre la possibilité à l’individu de réaliser son projet de vie et donc qu’il peut tout à fait en faire un simple outil au service de son unique intérêt, de son unique personne et non qui s’inscrit dans la communauté dans laquelle il vit où il refuse tout respect, toute solidarité avec ses congénères.

Il s’agit d’un véritable défi libertario-hédoniste porté par une hybridation du citoyen et du consommateur (que l’on pourrait dénommer d’un barbarisme néologique «consopolite», consommateur de politique) qui fait son marché politique et social dans une absolue démarche égocentrique.

Il faut bien comprendre que le nombriliste n’est pas contre la liberté, l’égalité et la fraternité mais qu’il les veut d’abord pour lui, voire exclusivement pour lui!

En ce sens il n’est pas contre la démocratie et pour un quelconque régime autoritaire ou totalitaire.

Cependant, en dévoyant ainsi la démocratie républicaine, il en devient une des principales menaces à la fois par ses comportements mais aussi contre les réactions plus ou moins extrêmes qu’il peut susciter.

Face au nombrilisme, nous devons organiser une résistance ferme et efficace avec des pare-feux.

Mais la seule vraie solution ne peut venir que du comportement de chacun où, en regard de sa liberté, l’individu accepte d’être responsable de ses choix et s’impose le respect de l’autre.

C’est à cette seule condition que la démocratie républicaine peut être pérenne dans le temps et ne s’effondre pas sur elle-même comme les volcans dans une super-éruption qui les font disparaitre avec, ici, un magma d’exigences individuelles toujours plus exorbitantes.

Oui, nous devons prouver à Tocqueville et à d’autres que le pire de la démocratie libérale n’est pas une fatalité.

 

Alexandre Vatimbella

 

(1) L’individu du XXI° siècle, le grand prédateur de la démocratie?, Editions du CREC, 2019

 

 

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