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  • Un an d'Obama à la Maison Blanche: L’Obamisme, une pensée et une pratique centristes

    Véritable phénomène politique et médiatique mondial, Barack Obama est devenu le 44° président des Etats-Unis d’Amérique et le premier afro-américain être élu au poste suprême au soir du 4 novembre 2008 – même s’il est, en réalité métis - et il a pris officiellement ses fonctions le 20 janvier 2009.

    Obama a été élu sur le changement, sur l’espoir d’une meilleure société et sur la volonté de ressusciter un rêve américain qu’il proposait, dans le même temps, de revitaliser et de réactualiser pour l’adapter aux réalités de ce début de XXI° siècle. Et le peuple américain, avide de retrouver un élan et un dynamisme alors qu’une grave crise économique et financière s’est grevée sur une crise identitaire, a choisi le rêve incarné par Barack Obama plutôt que la compétence incarnée par Hillary Rodham Clinton, sa concurrente malheureuse des primaires démocrates, véritable lieu où se jouait l’élection du nouveau président tellement le Parti républicain était alors hors jeu, discrédité aux yeux de l’écrasante majorité de l’opinion publique par le deuxième mandat de George W Bush et sa gestion impopulaire de plusieurs dossiers dont celui de la gestion catastrophique des secours aux victimes de l’ouragan Katrina qui s’abattit sur la Nouvelle-Orléans.

    Barack Obama, que beaucoup d’Américains ont découvert au cours de cette longue et fastidieuse campagne présidentielle qui a duré plus d’un an ce qui ne s’était jamais vu jusqu’alors n’était pourtant pas un total inconnu de la politique. Sénateur de l’Illinois au Congrès des Etats-Unis depuis 2005, il avait été adoubé par les médias lors de la convention du Parti démocrate en 2004 à Boston qui avait intronisé John Kerry comme candidat du parti contre George W Bush. Son discours sur la volonté de dépasser les clivages politiques entre les démocrates et les républicains afin de créer une dynamique bipartisane, voire «post-partisane» - notion assez imprécise mais qui signifie en gros de dépasser les anciens clivages politiques pour créer une nouvelle donne politique où des majorités d’intérêts peuvent se substituer à l’opposition traditionnelle entre deux partis grâce à la vision consensuelle du président - pour reconstruire l’Amérique lui avait attiré des éloges et surtout une énorme attention médiatique.

    Si Barack Obama n’était pas alors une des personnalités démocrates les plus connues - il allait néanmoins devenir la plus populaire très rapidement -, il avait déjà une vision politique très précise. Celle-ci, qu’il qualifiait lui-même de «mainstream of American thinking» (pensée américaine dominante), s’inspirait largement du consensus qui a animé le parcours politique d’Abraham Lincoln mais aussi du progressisme initié à l’orée du XX° siècle par Théodore Roosevelt - premier président à vouloir, entre autres, mettre en place un système d’assurance santé au début du XX° siècle mais aussi celui qui se battit le premier contre les agissements d’un capitalisme financier sans vergogne représenté par les cartels et les monopoles en tous genres -, tous deux présidents républicains faut-il le rappeler, ainsi que du keynésianisme de Franklin Roosevelt et de la «Third way» (troisième voie) de Bill Clinton, deux présidents démocrates. Sans oublier les messages de Martin Luther King d’une Amérique réconciliée sur le plan racial et social et de la pensée de Reinhold Neibuhr, un de ses philosophes américains préférés, dont le message est composé à la fois de réalité et d’espoir, l’individu ayant, selon lui, la capacité de se changer et de changer le monde mais pas de changer de monde et devant donc agir en reconnaissant ces deux paramètres et non à se décourager et à renoncer à l’action.

    Avec ces références, Barack Obama ne peut déroger à gouverner «au centre» ce que le plupart des présidents américains ont fait durant leur mandat mais que George W Bush, plus encore que Richard Nixon ou Ronald Reagan, a refusé en tentant d’imposer une idéologie ultralibérale en matière économique («les riches d’abord» ce qui doit permettre théoriquement, ensuite, d’enrichir les autres), néoconservatrice en matière internationale (l’Amérique a la mission d’imposer sa propre vision de la liberté au monde) et conservatrice chrétienne en matière sociétale (vision d’une société régit par les thèses chrétiennes fondamentalistes allant de la création du monde en sept jours à l’interdiction des recherches sur les cellules souches en biologie en passant par le refus de l’avortement et des thèses darwiniste de l’évolution).

    Mais le nouveau pensionnaire de la Maison Blanche est plus qu’un président modéré gouvernant au centre, c’est un homme du Centre, c’est-à-dire que sa vision politique ressort d’une volonté de mettre en place une société équilibrée pour libérer les énergies par la capacité de chacun à se réaliser lui-même à partir d’une égalité des chances et d’une méritocratie tout en respectant les différences.

    Ainsi, en 2004, interviewé par un journaliste lors de sa campagne pour l’élection sénatoriale sur le fait qu’il était selon beaucoup un libéral de gauche et non un centriste, Barack Obama répondit clairement: «je ne crois pas que vous allez me voir me rapprocher du Centre pour des raisons tactiques car je n’ai jamais eu l’impression de quitter ce qui constitue la pensée dominante dans le peuple américain.»

    De nombreux observateurs avisés des Etats-Unis ou du parcours de Barack Obama concluent au centrisme de Barack Obama comme l’historien français Pierre Mélandri, spécialiste des Etats-Unis qui a déclaré au Monde qu’Obama «est par essence un centriste» et qui a parlé dans le Journal du Dimanche de son «goût pour le centrisme».

    Car, comme l’analyse le journaliste David Olive dans l’ouvrage «An American story / The speeches of Barack Obama», «pour assurer sa nomination en tant que candidat démocrate à la présidentielle, Obama ne s’est pas positionné au centre à la poursuite des électeurs modérés et indépendants pour étoffer le mouvement populaire qu’il avait créé et qui allait de la gauche au centre. Il ne l’a pas fait car si Obama est un progressiste en matière de justice sociale, il est déjà un centriste et absolument pas un anti-guerre, un anticapitaliste ou un anti-establishment.»

    Et le même David Olive rappelle fort opportunément une déclaration du nouveau président qui devrait faire réfléchir tous ceux qui parlent de «trahison» concernant la pratique politique de Barack Obama qui a «commencé sa campagne pour la Maison Blanche avec cet avertissement répété, ‘je vais décevoir certains’. Et lorsque la gauche annonça sa déception une fois qu’Obama fut candidat officiel, Obama réfuta cette ’notion que je vais me rapprocher du Centre’ ajoutant que ‘les gens qui disent ça ne m’ont apparemment pas écouté’. Et c’est grandement vrai. Obama était déjà un modéré.»

    Sur le site américain Politico qui, comme son nom l’indique, est spécialisé en politique, Julian Zelizer, professeur de l’université de Princeton a affirmé récemment sans l’ombre d’un doute que le «Président Obama n’a jamais quitté le Centre. Si vous regarder sa plateforme électorale et sa première année de gouvernance, il est très clair qu’il fait partie de l’ère clintonienne du Parti démocrate. Certains de ses supporters ont toujours soif de plus et ses opposants ont voulu le faire passer pour un socialiste. Mais c’était leur agenda, pas le sien. Je pense que plus les moments de la campagne électorale s’effaceront, plus les Américains auront une meilleure appréciation de qui il est.»

    Alexandre Vatimbella

  • Les six commandements du centriste

    Pour bâtir la meilleure société possible, le Centriste doit mettre en avant six principes politiques de gouvernement.

    - Premier commandement : Le centriste doit fonctionner dans le réel mais ne pas prendre prétexte de sa prégnance pour ne rien changer dans la société.

    Le principe de réalité est un des principes auxquels le Centriste est le plus attaché car il ne se berce pas d’illusion et ne construit pas des paradis sur terre qui ne sont souvent que des enfers totalitaires. Mais cela ne veut pas dire que le monde étant ce qu’il est, la société et les comportements ne peuvent pas être changés et la condition humaine améliorée. La réalité sera toujours plus forte que les chimères humaines qui l’ignorent mais elle sera la meilleure amie de celui qui, s’appuyant sur elle, veut améliorer le monde dans lequel il vit.

    - Deuxième commandement : Le centriste doit être pragmatique pour aller de l’avant et réunir la communauté autour d’un projet fédérateur et réalisable.

    Pendant du principe de réalité, le pragmatisme est une qualité essentielle d’une action politique qui sait que l’important est d’avancer par rapport à l’état de la société et des rapports de force à un moment donné et non de pratiquer un tout ou rien stérile mis en avant par celui qui demeure enfermé dans un schéma de confrontation et qui perd ainsi la capacité d’améliorer la condition humaine par une incapacité de faire la distinction entre compromis, moteur de la démocratie, et compromission.

    - Troisième commandement : Le centriste doit construire une société humaniste par le juste équilibre.

    Le Centrisme étant un humanisme dans cette injonction de mettre l’humain au centre de son projet, celui qui s’en réclame est un ouvrier qui bâtit une société où l’humanisme se traduit par la préoccupation que tous reçoivent les mêmes chances et où chacun peut être ce qu’il est dans sa différence avec l’autre et réaliser effectivement ses potentialités sans autres entraves de permettre à l’autre d’en faire de même le tout dans un respect mutuel.

    - Quatrième commandement : Le centriste doit promouvoir la personne sans oublier l’individu

    Issu d’une communauté, chacun de nous est un individu unique et différent de l’autre, c’est ce qui fonde notre liberté. Mais cet individu ne peut réellement vivre sa liberté que si la communauté lui reconnait le statut de personne en le respectant, en étant solidaire de lui et en le tolérant. L’équilibre entre l’individu et la personne permet de donner le plus de liberté possible dans une sécurité indispensable pour la vivre effectivement, c’est-à-dire en en faisant une personne membre d’une communauté. Cette relation individu-personne est au cœur de l’action du centriste qui doit toujours veiller à ce qu’elle soit réelle, vivante et équilibrée pour éviter que l’individu devienne individualiste et que la personne devienne assistée.

    - Cinquième commandement : Le centriste doit rechercher le progrès mais pas à n’importe quel prix humain et éthique.

    Le centriste est un progressiste dans le sens où il croit que l’on peut améliorer la condition humaine par l’action politique et que la société peut mettre en œuvre ce progrès. Mais il sait aussi qu’au nom du progrès toutes les valeurs peuvent être bafouées. Dès lors, le vrai progrès est celui qui permet de rendre l’individu plus libre et la personne plus en sécurité dans cette relation équilibrée. Dès que cet équilibre est rompu alors le progrès peut devenir liberticide, irrespectueux, intolérant et diviseur.

    - Sixième commandement : Le centriste doit rassembler dans la différence.

    Nous nous ressemblons tous mais nous sommes tous différents. C’est pourquoi nous avons tous des intérêts communs mais aussi que chacun de nous est unique. La société humaniste que veut bâtir le centriste est donc faite d’un rassemblement de toutes ces différences que nous sommes mais qui ont un intérêt commun à agir pour construire un meilleur présent et un meilleur avenir communs. Ce rassemblement des différences autour d’un projet politique est ce que nous appelons le lien social.

    Si le rassemblement tend à nier les différences ou si les différences tendent à empêcher le rassemblement alors l’harmonie est détruite et se forment des sociétés déséquilibrées où soit la machine étatique régente l’existence des citoyens, soit la loi du plus fort est la règle. Dans tous les cas la violence et l’insécurité écrasent les êtres humains et les empêchent d’être individus et personnes.

    Alexandre Vatimbella