Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le Centrisme comme antidote à l’individuation irresponsable d’une société éclatée


    Ceux qui croient que nous vivons dans une société de citoyens libres et responsables n’ont pas (encore) compris et pris la mesure de toute la force destructive de l’individuation irresponsable qui mine lentement les fondements des démocraties représentatives depuis des décennies. Une individuation qui est peut-être même une tare originelle de celles-ci si l’on se rappelle les craintes d’Alexis de Tocqueville à ce propos dès son voyage aux Etats-Unis au milieu du XIX° siècle où il prédisait une dissolution du lien social face à la montée des revendications égalitaires par un usage perverti de la liberté. Une individuation qui, quoiqu’il en soit et au fil des ans, a pris une ampleur de plus en plus grande et qui pose un véritable dilemme à la société démocratique: doit-elle limiter la liberté individuelle qui est à la base de sa légitimité afin de refonder un lien social et ainsi «rerésponsabiliser» l’individu?

    Aujourd’hui, la société démocratique n’est pas cette entité produisant un lien social fort qui permettrait de lier harmonieusement liberté et responsabilité (sans parler de la solidarité et de la tolérance) et de faire de ses membres des personnes (c’est-à-dire des individus libres, responsables, dotés de droits et de devoirs et réunis par un lien social). Elle ressemble plutôt à une myriade de groupements d’intérêts particuliers, formés de consommateurs insatisfaits et gérés difficilement par une organisation étatique dont les dirigeants pour garder ou conquérir le pouvoir s’engagent à gérer les désirs matériels éphémères de clientèles diverses, se réunissant autour d’intérêts partagés sans pour autant vouloir s’unir par un destin commun. Certains nomment ce phénomène «hypermodernité», d’autres, «post-modernité». Peu importe son appellation contrôlée ou non, la réalité s’impose et pose plus de questions qu’elle n’en résout.

    Revenons sur ce concept de groupement de consommateurs insatisfaits. Celui-ci est un effet pervers de la démocratie qui a poussé à son paroxysme les demandes autonomistes, consuméristes et revendicatives (notamment les «droits à») des individus, sur fond d’explosion d’une communication globale vantant la satisfaction des désirs matériels comme réussite existentielle.

    Cet effet pervers permet aux tendances égoïstes et égocentriques des êtres humains de transformer la société en une sorte de syndicat de groupes revendicatifs où le droit de chacun de leurs membres prend toujours le pas sur leurs devoirs individuel et collectif, ramenant le lien social à un simple contrat commercial où le fait de faire partie d’une communauté donne des droits et des avantages sans pour autant demander en retour des devoirs et des responsabilités à hauteur égale. Ici, on ne parle évidemment pas de l’appareil répressif de l’Etat qui peut même être de plus en plus prégnant dans un phénomène d’individuation irresponsable croissante mais de la relation politique entre l’individu et la communauté dans laquelle il vit.

    L’Etat n’est pas la victime de ce mouvement. Pire, il l’a accompagné car, comme nous le savons depuis des lustres, du pain et des jeux permettent de contrôler efficacement des individus qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez (leur intérêt immédiat et égoïste) au grand soulagement de la machine administrative qui n’a pas à faire autre chose que transformer la société en un mélange de grande surface et de parc d’attraction pour pérenniser son pouvoir.

    Le problème fondamental dans cette situation est qu’elle s’est établie en se servant de la liberté et de l’égalité, les deux fondements des démocraties libérales. Ce n’est pas que la liberté et l’égalité portent en elles forcément les dérives qui amènent à cette réalité que nous venons de décrire mais elles le permettent si ceux qui ont en charge de faire fonctionner la société choisissent cette voie qui est la plus simple et la plus rentable à court et moyen terme mais qui sape les fondements de la démocratie libérale au long terme. Et l’on sait aussi depuis longtemps que la facilité tient malheureusement lieu de principe de gouvernement des êtres humains.

    Car si la liberté appelle la liberté, si l’égalité appelle la l’égalité, c’est-à-dire que l’appel d’air créé, comme le prévoyaient les adversaires de la démocratie, amène une liberté et une égalité débridée, la notion de responsabilité est le médiateur qui doit empêcher ces dérives. Or c’est bien l’absence de cette responsabilité qui détruit la démocratie représentative et la remplace en un supermarché et une superfoire des droits et des désirs.

    La société ne peut être ce vaste bazar où le citoyen, devenu uniquement consommateur, en recherche constante d’assouvissement de ses désirs matériels, viendrait y piocher ce qu’il veut sans avoir d’obligations en retour. Néanmoins, la société ne peut, non plus, être un carcan qui empêche l’individu de se réaliser et réaliser ses projets de vie au nom d’une appartenance à une communauté qui restreindrait  son aspiration naturelle à vivre une vie pleine et personnelle.

    De même, l’individu ne peut demander à la société de lui garantir ses désirs au nom d’une sécurité (dans tous les domaines) et d’une égalité. Mais la société ne peut abandonner son rôle sécuritaire et de solidarité pour permettre le développement le plus harmonieux possible de l’individu.

    En outre, si la société demande à l’individu d’avoir des obligations envers elle, c’est aussi parce qu’elle a des obligations envers lui. Une société ne peut uniquement demander à l’individu de justifier son appartenance à la communauté, elle doit également justifier sa demande. Comment, dès lors, marier harmonieusement, ces deux demandes légitimes, la volonté des individus d’avoir une autonomie croissante et la nécessité de l’existence d’un lien social qui ne soit pas aliénant?

    Devant ce dilemme, c’est ici que le Centrisme entre en scène.

    Pourtant, pourquoi le Centrisme pourrait être un antidote à ce processus d’individuation qui semble irréversible sans pour autant revenir à une récession dans son autonomie? Une question d’autant plus pertinente, qu’au fil des ans, le Centre a participé à la lente montée en puissance de ce délitement du lien social en confondant, comme les autres mouvances politiques de droite et de gauche, individualisme responsable et individuation irresponsable. Cependant, c’est bien la notion essentielle pour le Centrisme du juste équilibre qui permet de résoudre en douceur cette équation a priori insoluble. Elle est, en effet, la seule qui propose de prendre en compte cette volonté de l’individu d’être autonome tout en remettant, à la fois, de la responsabilité et du sens dans l’existence de chacun et dans le vivre ensemble.

    Le juste équilibre ne demande pas un retour en arrière que certains prônent vers une réhabilitation de l’autorité et d’une communauté castratrice de l’émancipation individuelle. Il ne milite pas non plus en faveur d’une hypothétique libération totale de l’individu du lien social dans une mondialisation sans âme où chacun serait une sorte d’entité indépendante ne fonctionnant que sur la base de son intérêt immédiat au détriment de toutes les autres intérêts et advienne que pourra... Le juste équilibre veut promouvoir un individu responsable capable de prendre son avenir en main mais en même temps de participer activement au futur commun de l’humanité tout entière (et évidemment de sa communauté d’appartenance).

    Mettre l’humain au centre de ses préoccupations dans une vision humaniste où il est la raison et la cause de tout n’est pas de faire de cet humain un être irresponsable et mu uniquement par une satisfaction immédiate de ses envies mais de lui permettre de bâtir sa vie pour que celle-ci soit la meilleure possible dans une communauté où tous les autres membres ont le même droit, ce qui lui impose des obligations et d’être responsable. Personne ne dit que cela sera facile. Mais personne ne dit que c’est impossible!

     

    Alexandre Vatimbella

     

    Voir le site Le Centrisme

  • Jean Arthuis au centre de toutes les convoitises politiciennes doit tenir bon la barre de la refondation du Centre


    En avril dernier, j’écrivais ici même que «l’attention portée à Jean Arthuis est de bon augure pour la refondation centriste et prouve qu’il a bien une place centrale dans celle-ci. Néanmoins il ne faudrait pas qu’il se fasse phagocyter par des entreprises qui ressemblent parfois à des ambitions personnelles ou qui sont lancées pour récupérer uniquement cette légitimité à des fins électoralistes». Les derniers événements montrent que les volontés de s’approprier le leader de l’Alliance centriste sont de plus en plus nombreuses et la pression de plus en plus forte pour qu’il adoube un leader.

    Au-delà d’un homme politique qui est demeuré fidèle à ses engagements centristes, c’est bien sa position centrale dans la refondation du Centre qui fait de lui l’élément incontournable de toute légitimité centriste. Invité et toujours présent dans les réunions des diverses composantes du Centre, chacune de celles-ci expliquent bien que s’il est là, à leurs côtés, c’est qu’il cautionne évidemment leur légitimité de représenter le «vrai Centre».

    Rien n’est simple et le danger de la récupération politicienne est constant. L’entreprise de Jean Arthuis avec son parti Alliance centriste de réunir tous les centristes est bien saluée par tout centriste réel ou déclaré. Mais le discours est rarement suivi d’initiatives concrètes et le fait de s’être exhibé avec Jean Arthuis suffit pour réclamer son certificat de «vrai centriste refondateur».

    De ce point de vue, l’Alliance centriste et Jean Arthuis souffrent d’une image réductrice véhiculée par les médias et accréditée par les autres composantes du centrisme qui ne souhaitent pas qu’ils prennent une plus grande importance, celle d’un parti et d’un homme dont le seul but est de prêcher l’union. Dès lors, dès que l’on entre dans le débat politique, l’Alliance centriste est marginalisée voire inexistante et Jean Arthuis est présenté comme le président de la commission des Finances du Sénat et non comme le président d’un parti politique.

    Plus grave pour le combat que mène Jean Arthuis est le danger ultime qui le menace lui et son parti. S’il décide, aujourd’hui, de rejoindre l’un ou l’autre camp centriste, il signera, dans le même temps, la disparition de l’Alliance centriste et sera immédiatement marginalisé, son «utilité» devenant nulle pour tous ceux qui tentent actuellement de le récupérer.

    Ainsi, la seule issue possible pour lui et ses amis est de faire de l’Alliance centriste l’unique point de fixation de la refondation centriste en développant les initiatives dans ce sens, proposant concrètement la création d’une nouvelle formation politique d’union et véhiculant un discours politique beaucoup plus structuré.

    Dans le même temps, Jean Arthuis doit continuer sur la voie qu’il s’est tracé, aller apporter la bonne parole de la réconciliation et de la refondation du Centre partout où on le demande. Mais il doit absolument éviter de servir la soupe et d’alibi. C’est sa crédibilité, celle de l’Alliance centriste mais aussi celle du Centre et, au-delà, la possibilité pour la France d’avoir un Centre fort pour réellement gouverner et remettre le pays sur les bons rails qui est en jeu. Pour l’instant, il s’en tire bien mais les chausse-trappes seront de plus en plus nombreuses sur son chemin. Heureusement, le combat en vaut la peine.

     

    Alexandre Vatimbella

     

    Voir le site Le Centrisme