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L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. On ne joue pas avec la fragilité de la démocratie

On entend souvent cette idée reçue selon laquelle la démocratie serait assez forte pour se confronter à tous les dangers qui la menacent qu’ils soient internes ou externes.

Et ceux qui la propagent, ajoutent que si tel n’est pas le cas, elle n’est donc pas légitime puisque ne recueillant pas le consensus du plus grand nombre qui lui permettrait de résister à toutes les agressions à son encontre.

Leurs affirmations sont mensongères ou, plus généralement, des erreurs monumentales qui sont en train de menacer de destruction les démocraties républicaines à travers le monde.

Car, non seulement la démocratie est fragile par essence, tout comme l’est la liberté, mais elle est, comme la liberté, facilement attaquable par ses ennemis parce que reposant sur une société ouverte qui fait appel essentiellement à la responsabilité et au respect mais aussi à la bienveillance et à l’adhésion volontaire à ses valeurs.

A l’inverse des régimes autoritaires et totalitaires qui se maintiennent par la force, la démocratie, elle, a besoin d’un consensus librement exprimé pour exister.

Dès lors, c’est dans les moments démocratiques de son existence comme les élections que celui-ci se manifeste.

Et, dans ces occasions, le peuple peut choisir majoritairement de tourner le dos à la démocratie.

Un simple vote, comme l’a montré l’Histoire, peut la détruire et ouvrir la voie à l’ignominie et au cauchemar.

Or, nous savons bien que de multiples éléments dont certains irrationnels peuvent entre en ligne de compte lors des rendez-vous électoraux.

Pour autant, il ne faut pas se méprendre, cette fragilité fait la grandeur de la démocratie ainsi que celle de la liberté.

Mais c’est la raison pour laquelle il faut la protéger car la démocratie républicaine, toute fragile qu’elle est, est le seul régime légitime pour gouverner les êtres humains et donc ne peut et ne doit pas être remise en cause par une décision même si celle-ci est populaire.

C’est pourquoi, une autre erreur tout aussi fondamentale qui est faite à propos de la démocratie, est de prétendre qu’elle est le régime de la majorité, c’est-à-dire qu’elle repose uniquement sur le bon vouloir de celle-ci ce qui lui permet d’imposer ses vues et son ordre puisque, selon l’adage, la majorité a toujours raison.

Mais c’est exactement le contraire!

La démocratie est avant tout un régime de la minorité en ce qu’elle est la seule qui puisse défendre et protéger les droits et la liberté de la minorité (ou des minorités) contre une possible dictature de la majorité.

Car ce qui caractérise la démocratie, c’est la promesse faite à chacun que l’elle protègera et défendra sa liberté.

Si la majorité avait en effet tous les pouvoirs et tous les droits, alors elle attenterait aux droits de la minorité, donc à ses libertés.

Ce n’est qu’en empêchant d’abord la majorité de détruire même grâce à la loi les droits de la minorité qu’un régime est réellement démocratique.

C’est ensuite, et seulement ensuite, qu’elle permet, dans ce cadre, à la majorité de gouverner.

Un seul individu qui ne serait pas libre signifierait que nous ne sommes pas dans un régime démocratique.

Tout ceci nous amène naturellement à cette élection présidentielle qui connaîtra son épilogue ce dimanche 7 mai.

Depuis le début de la campagne électorale on voit beaucoup trop de gens jouer dangereusement et sans en mesurer malheureusement les conséquences avec la fragilité de la démocratie de manière irresponsable, inexcusable et injustifiable.

Il y a d’abord ceux qui ont voté au premier tour pour des candidats des extrêmes et qui ont représenté un peu moins de 50% des électeurs.

Il y a ensuite ceux qui se sont abstenus ou ont voté blanc face à la menace et aux dangers que représentaient ces candidats extrémistes.

Il y a ceux qui, pour le deuxième tour vont faire de même en votant pour la candidate d’extrême-droite ou qui vont s’abstenir et voter blanc.

Et puis, il y a tous ceux qui ont refusé d’appeler à voter contre cette candidate et qui se sont permis de manière éhontée de faire un parallèle entre celle-ci et un candidat démocrate et républicain.

Dans tous ceux que l’on vient de citer, en font partie, évidemment, les ennemis de la démocratie républicaine, ceux qui veulent instaurer un régime autocratique, voire une dictature.

A ceux-la, il n’y a rien à dire, juste à les combattre.

Mais il y a également beaucoup de gens qui jouent avec le feu sans se rendre compte que leur attitude et leur action mettent gravement en péril la démocratie que pourtant, ils affirment, dans un paradoxe difficilement compréhensible et justifiable, défendre.

Ainsi, ils confondent deux comportements qui n’ont rien à voir.

Le premier est de confronter – dans la reconnaissance du régime démocratique et dans le cadre de ses règles – ses idées, son projet et son programme politiques à ceux des autres afin de convaincre les citoyens qu’ils sont les meilleurs pour le pays et de recevoir leur approbation.

Le deuxième est de se lever pour empêcher qu’une menace réelle et sérieuse contre la démocratie et ses valeurs qui permettent à cette confrontation pacifique d’exister, puissent accéder au pouvoir ou, tout au moins, être puissante en acquérant une légitimité de façade grâce à une élection et plonge le pays dans l’abîme et l’abomination.

Or c’est bien dans ce deuxième cas de figure que nous nous trouvons aujourd’hui.

Il n’y a pas de discussion possible sur ce fait.

Faire barrage à une candidate antidémocratique et préserver ainsi la démocratie républicaine est donc bien l’enjeu essentiel du vote du 7 mai.

D’autant qu’un autre moment démocratique se déroulera immédiatement après, les élections législatives, où les idées, les projets et les programmes pourront une nouvelle fois se confronter.

Enfin, à ceux qui prétendent que le front républicain est un concept mort et éculé qui a servi trop de fois pour être encore crédible, je répondrai que, quel que soit son nom, le réflexe de tout démocrate et de tout républicain est de se lever, toujours et toujours, encore et encore, à chaque fois qu’il le faut pour barrer la route à l’infamie qui veut abattre la démocratie républicaine.

Ici, il n’y aura jamais aucun répit, aucune faiblesse, aucune compromission, aucune excuse, pour ne pas remplir son devoir de citoyen.

Et ce que l’on soit de droite, de gauche, du Centre ou d’ailleurs.

Alexandre Vatimbella

 

Voir le site Le Centrisme

 

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