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Que peut gagner Macron à être «ami» avec Trump?

Donald Trump a trois têtes de turc: l’ancien président Barack Obama (il ne peut supporter qu’un noir ait été président des Etats-Unis), l’ancienne candidate démocrate à l’élection présidentielle de 2016 Hillary Clinton (il ne peut supporter qu’une femme puisse être présidente) et l’ancien maire de New York Michael Bloomberg (il ne peut supporter qu’un milliardaire newyorkais soit plus riche que lui).

Mais, au-delà de cette haine pathétique, raciste, misogyne et narcissique, les trois personnalités que l’on vient de citer sont des centristes progressistes et les autres «amis» d’Emmanuel Macron, en tout cas, ses alter-ego politiques.

On n’oubliera pas de citer ici deux figures historiques.

Abraham Lincoln, tout d’abord, cet homme droit, vertueux et qui lutta contre tous les extrémismes et les démagogies – un contre-exemple de Trump – et dont le mémorial à Washington fut l’objet de la première halte de Macron, hier, à son arrivée aux Etats-Unis pour sa visite d’Etat.

Ajoutons-y Theodore Roosevelt, dont le magazine The Economist fit une comparaison tout à fait pertinente récemment avec Macron, ce président centriste et progressiste qui se mit en travers de tous les nouveaux riches de son époque, les ancêtres de Trump.

On a parlé des «autres amis» parce que le président français estime que Trump est aussi un «ami».

On voit bien que le terme ami doit être manié ici avec quelques précautions et que le jeu que joue ou tente de jouer Macron (et sans doute Trump) ne trompe que ceux qui veulent l’être.

Car si le président français espère gagner dans la relation avec le président américain une stature internationale qui pourrait lui servir afin de faire aboutir nombre de ses projets en la matière (réforme de l’Union européenne, accord sur le climat, abandon des mesures protectionnistes américaines, sauvegarde de l’accord avec l’Iran, etc.), le président américain peut, lui, montrer qu’il n’est pas autant victime d’ostracisme de la part des dirigeants des grandes démocraties occidentales et que ses «amis» ne se réduisent pas au russe Poutine, au chinois Xi, au hongrois Orban, au philippin Duterte, voire au nord-coréen Kim!

Dès lors, le gagnant de cette relation pourrait ne pas être celui qu’on pense et le dindon de la farce, non plus…

Néanmoins, devant un égocentrique narcissique compulsif comme Trump, Macron peut simplement faire semblant d’être son ami (même si les images de leur relation semblent montrer une réelle proximité) car le populiste démagogue américain n’en demande pas plus.

Oui, il veut qu’on lui dise qu’on l’aime, qu’on l’admire  et qu’on soit fidèle avec lui, même s’il sait que la plupart de ceux qui lui font allégeance n’en pensent pas un mot!

D’où la difficulté de savoir quelles sont les vrais rapports entre eux.

Reste que, de ce point de vue, en «récompense» de son attitude, Macron pourrait recevoir quelques petits cadeaux.

Cependant, ils ne seront sans doute pas aussi importants que le président français l’espère et surtout ils seront constamment sujets à être repris, Trump ne connaissant manifestement pas l’adage «donner c’est donner, reprendre c’est voler»...

Bien sûr, Emmanuel Macron peut se targuer d’avoir obligé Donald Trump à tenir sa promesse de bombarder la Syrie après las attaques chimiques d’Assad sur son propre peuple, mais rien ne dit que le président américain ne l’aurait pas fait (même s’il a semblé faire du rétropédalage à un certain moment).

Plus profondément, même si Macron obtient bien quelques résultats auprès de Trump, son image risque réellement d’être brouillée, si ce n’est, écornée.

Evidemment, le succès est toujours vu avec bienveillance mais la distance entre les valeurs affichées des deux hommes semblent tellement lointaines que leur relation privilégiée demeurera anachronique quelque soit les justifications apportées par Macron pour légitimer leur proximité.

Ayant dit cela, il est non moins important que la France et les Etats-Unis dans le monde actuel et par rapport à leurs relations historiques soient des alliés très proches.

Ce n’est pas du luxe que toutes les démocraties républicaines soit alliées en ces temps troublés où les populistes, les démagogues, les autocrates et les dictateurs semblent avoir le vent en poupe.

Et une relation privilégiée entre les deux démocraties républicaines les plus emblématiques, la France et les Etats-Unis, fait sens de ce point de vue.

Reste que le New York Times, à l’instar de beaucoup de médias américains, a raison de parler de «risque» à propos de la relation que Macron a instauré avec Trump.

Pas seulement au niveau international mais aussi en France où, déjà, les critiques qui sont récurrentes sur le président de la république parlent d’un homme à l’hubris trop prononcé et à une confiance quelque peu démesurée en lui-même.

Ce serait dommage tant la politique centriste d’Emmanuel Macron a un sens et semble donner des résultats grâce aux réformes et à l’impulsion progressiste qu’il donne à son action et à celle du gouvernement.

Mais il est légitime d’être préoccupé et interrogatif sur le comportement d’Emmanuel Macron que révèle cette «amitié» avec Donal Trump.

D’autant, qu’in fine, on peut se demander si la relation actuelle entre les Etats-Unis et la France serait aussi forte si Macron avait en face de lui Obama, Clinton ou Bloomberg!

A méditer.

 

Alexandre Vatimbella

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